lundi 22 septembre 2014

SAS 2014 la deuxième étape

Bertha, ça vous dit quelque chose ?
peut-être une grosse pièce d'artillerie utilisée pendant la première guerre mondiale ?
Non, pour nous c'est une tempête tropicale, qui est sur le point de traversée l'atlantique, direction le continent européen. Voilà pourquoi, tout le monde à les yeux rivés sur sa trajectoire. En effet, si elle ne monte pas au nord, vers l'Irlande, elle irait donc en plein sur le golfe de Gascogne et donc sur notre route théorique. Avoir des vents d'environ 40 à 50 noeuds...pas bon du tout. Alors, le comité de course pourrait prendre la décision de reporter le départ.
Mais pour le moment, je dois encore faire l'avitaillement au supermarché. Celui-ci nous met à disposition un véhicule avec chauffeur, pour nous emmener le contenu de nos chariots jusqu'au port. Super le service. Je commence ensuite à faire un peu de navigation avec la rentrée des différents way-point.
Lundi 16h00, briefing météo, résultat...un deuxième briefing météo est programmé pour mardi à 10h. Il servira à confirmer la trajectoire de Bertha. Mardi 10h, annonce du report du départ à mercredi 17h. On aura droit théoriquement à des vents forts mais pas de quoi mettre en péril la sécurité des skippers et bateaux. Je vais cette fois vivre mon premier coup de vent en mer à bord de mon bateau et en solitaire. Je suis un peu inquiet et je vais repenser à toutes ses précautions de sécurité à prendre à bord. Un héritage du stage de survie effectué avec le Team Jolokia en 2013 auprès de la marine nationale.
Mercredi, jour du départ, il fait beau. Cela s'agite sur les pontons. Derniers au revoir entre Skippers, organisateurs d'Horta et Français. Toujours autant d'émotions, de prudences, sachant ce qui nous attend dans quelques jours.

Le départ, encore un loupé pour moi. Trop de stress, je n'envoie pas de suite le spi, et quand c'est fait, je m'aperçois que je suis trop prudent. Donc manœuvre, pour changer le spi de brise par le médium. Devant ça part fort. Des malades, il y a du vrac en pagaille. Je me retrouve dans le groupe derrière mais commence à remonter d'autres bateaux. Je m'aperçois vite que je ne pourrai tenir ce rythme. En effet les différentes tentatives pour passer sous pilote se solde par des départs au tas. Pour me reposer, il va falloir que je réduise ma surface de voilure. La houle se montre particulièrement vicieuse avec la trajectoire du bateau. Vers minuit, je décide de réduire et de m'accorder du repos. Pendant deux jours, je vais avoir du mal à prendre le rythme. La houle croisée est très présente et j'ai beaucoup de difficulté à faire marcher correctement le bateau.
Samedi, jour J pour le passage de Bertha sur la flotte. Je suis resté Sud pour minimiser les vents forts. Dans l'après-midi le vent monte jusqu'à 25 noeuds mais pas plus. Un peu surpris, mais ravi de ne pas subir des vents plus importants. En fin de journée vers 18h, le vent tourne plein Nord, m'obligeant à manœuvrer au près. Dans la nuit, il va monter progressivement jusqu'à 35 noeuds. Bertha cette fois-ci est bien là. Le vent ne mollira qu'au petit matin, laissant une mer forte avec des creux de 4 à 5 mètres. La journée me servira à récupérer de cette nuit passée. Mercredi, je dévale la mer sous spi pour mon plus grand plaisir. Je branche le pilote descend me faire un thé...et une vague de M....e, me provoque l'empannage du bateau. Je sors en catastrophe, récupère le cap. Mais le bout dehors orientable s'est rabattu contre la coque faisant passer une partie du spi sous l'étrave. J'essaye de manœuvrer pour récupérer mon spi, mais dans l'opération il passe dans les safrans à l'arrière du bateau. En un instant, il se déchire. Hurlant de dépit, j'essaye de le libéré, mais je comprend bien vite que je vais devoir jouer du couteau pour ne pas risquer une casse des safrans. Il me faudra une heure d'efforts pour remettre le bateau en route. Je suis épuisé, je pleure dans le cockpit. Je réalise qu'en quelques minutes je viens de perdre mon plus beau spi d'une valeur de plus de 2000 euros. En tant qu'amateur cela représente un an d'économie. Je pense de suite aux sacrifices qu'avait fait ma femme pour me le payer.


Pendant 24 heures, je vais me mettre en mode croisière. Je suis vidé, j'ai plus d'envie. C'est dans ses moments là, qu'en solitaire, il est très dur de se remotiver. Je vais retrouver la force de reprendre le mode course à 10h le lendemain. Pourquoi 10h ? c'est le moment du classement. Je viens de gagner trois places. Quel coup de fouet. Je remonte sur le pont et hisse toute la toile possible. L'arrivée n'est maintenant plus très loin. Encore une nuit passée au milieu des pêcheurs. Au petit matin le port de Sables est en vu. Je n'ai plus de batteries, mais un magnifique levé de soleil vient m’accueillir. Mon arrivée se fera à 8h dans un vent faible avec une superbe lumière sur la ville. Je suis fier d'avoir été au bout de mes forces pour finir cette belle course.
J'ai fini classé 17ème de l'étape et 16ème au général.


Mon Pogo 1 m'a donné de beau moments de bonheur. Je n'ai pratiquement rien cassé à bord, juste quelques petits détails fait par l'usure du aux milles parcourus. L'émotion à été très forte tout au long de cette course. Des hauts, des bas, mais surtout l'impression d'avoir passé un cap dans ma vie de navigateur. Je me sens maintenant prêt à une autre belle aventure...la traversée de l'atlantique...mais voilà, je suis réaliste et quand je calcul le budget à réunir, il me faudrait un vrai coup de pouce du destin pour continuer à mettre des milles en course dans le sillage de Miss Dynamite. Mais comme le disait Beubeu (Benoit) "Fais attention à ce que tu demandes à la vie, car elle pourrait bien te le donner"
Merci à vous tous qui me suivez sur mon blog. En attendant la suite...Kenavo.

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